
Dans les rues du Haut-Montreuil, la bataille de l’affichage bat son plein. Le papier se superpose entre le vert du maire communiste en place, Patrice Bessac, et le violet caractéristique du parti de la tête de liste de La France insoumise, Sayna Shahryari. Entre deux murs, une image représente bien la situation montreuilloise pour les municipales à venir : une affiche du maire est déchirée, laissant paraître l’affiche de sa concurrente.
À la sortie du terminus du métro 9, l’hôtel de ville de Montreuil se dresse de tout son haut. En ce moment, il vibre en préparation aux élections municipales pour lesquelles les habitants se rendront aux urnes les 15 et 22 mars 2026. Depuis 2014, son maire communiste Patrice Bessac enchaîne les mandats dans une ville à l’histoire profondément liée au Parti communiste français (PCF).
Une bataille fratricide pas totalement inédite
Cette année, un nouvel acteur entre en jeu et risque d’empêcher Patrice Bessac (liste Vive Montreuil) d’être élu au premier tour comme six ans plus tôt : La France insoumise et sa liste Faire mieux pour Montreuil. Cette arrivée a incité les différents partis à un « rassemblement large de la gauche et des écologistes » comme l’annoncent les différents communiqués de presse des partis politiques. Parmi eux on retrouve, entre autres, le Parti communiste représenté par Patrice Bessac mais également le Parti socialiste, les Écologistes et le NPA.
Pour la première fois, LFI présente des listes dans plus de 500 villes pour s’opposer à des maires sortants, issus de tous les bords politiques. La mairie de Montreuil est l’une de celles qu’ils veulent conquérir en défiant le maire sortant qu’ils avaient soutenu six ans plus tôt. Sur les affiches montreuilloises, une femme apparait en tête de liste : Sayna Shahryari. Elle souligne les conditions d’élection du maire en 2020 dans un contexte de crise sanitaire : 9 000 voix au premier tour pour 60 000 inscrits sur les listes. Le 15 mars, elle veut entrer à la mairie pour remplacer un pouvoir « épuisé » et unifier Montreuil.
Ce n’est pas la première situation de tension entre les deux partis de gauche, les législatives deux ans plus tôt en avaient déjà été le champ de bataille. Le duel entre une candidate LFI membre du Nouveau Front Populaire (NFP), Sabrina Ali-Benali et Alexis Corbière, ancien bras droit de Jean-Luc Mélenchon, à présent dissident LFI, avait été musclé et s’était soldé par une victoire du dernier.
Pour ces municipales, la fédération locale du PCF de Seine-Saint-Denis et LFI ont passé dans certaines villes du département un accord pour faire liste commune. Une décision qui n’a pas fait l’unanimité chez les communistes, dont le porte-parole, Léon Deffontaines. Dans une interview pour Libération, ce dernier soulignait que « nationalement, LFI décide d’attaquer les plus grosses mairies dirigées par le PCF et de faire capoter des rassemblements de la gauche. Je ne vois pas comment on peut justifier un accord aussi favorable pour LFI [en Seine-Saint-Denis] ». Parmi les villes concernées par l’accord, on retrouve Bobigny, Sevran, Aubervilliers ou encore Saint-Denis. Montreuil est une grande absente alors que les listes s’affrontent sur un terrain divisé.
Une ville divisée par les transports en commun
Les clés du scrutin résident dans la division géographique de la ville entre le Haut et le Bas Montreuil. Comme il faut s’y attendre, près de la mairie, territoire du PCF, les affiches LFI se font rares. Plus haut, à un bus car la ligne 9 ne va pas jusque-là, le visage de Sayna Shahryari est placardé sur les murs et collé sur les lampadaires et les panneaux de signalisation. Les deux pôles sont séparés par la barrière des transports pendant que la zone basse de la ville a connu une gentrification éclair.
Le lancement de la ligne 9 dans le Bas-Montreuil avec son terminus à la mairie a participé à la séparation géographique comme sociale. Ce n’est que récemment que le Haut-Montreuil s’est vu relié à la capitale : le 13 juin 2024 est resté dans les mémoires de beaucoup d’habitants de la partie haute de la ville comme une ouverture partielle de la zone.
Cette division qui persiste est l’un des principaux reproches faits à Patrice Bessac. Walid El Madhoui a toujours habité à Montreuil. Pour ce créateur de contenu, entre le Haut et le Bas « tout est différent, tout est facilité pour le bas Montreuil ». Il affirme que « la seule chose qui a changé depuis les dernières années, c’est l’arrivée du métro. Et encore, ça nous éloigne parce qu’on reste enclavés et entre nous. »
Seul le bus relie les deux zones. Le lancement de la ligne de métro 11 a permis malgré tout un accès plus facile à certaines infrastructures de santé de la ville et la dynamisation des emplois. En 2028, le T1 s’invite dans la ville, une nouvelle opportunité de relier des quartiers aujourd’hui séparés par l’autoroute A186.
Les deux listes favorites pour l’Hôtel de Ville ont placé une partie de leur programme autour de cette problématique. Sous les applaudissements et dans une salle de plus de 1 000 spectateurs, le maire en place annonce les principaux points de son programme. Parmi eux, des cartes de transport pour chaque enfant de primaire « pour faciliter leurs déplacements avec les centres de loisirs et les écoles ».
Le défi du logement qui rassemble
Dans cette ville de la ceinture rouge de Paris, les prix des habitations, à la location comme à l’achat, ont augmenté trop vite pour les habitants. Ce défi de l’urgence du logement est un combat commun aux deux listes. Patrice Bessac ayant élu résidence dans le Bas Montreuil, LFI a décidé de mettre le Haut-Montreuil au cœur de sa campagne. Leur discours présente une zone lésée par les politiques municipales, en particulier concernant les droits des locataires. « Actuellement, ce sont les locataires qui doivent faire toutes les démarches en cas de litige », assure Sayna Shahryari.
Il s’agit d’un sujet important de la ville où les loyers et le prix du foncier ne cessent d’augmenter. Cette préoccupation est partagée par la mairie qui a, pendant son dernier mandat, mis en place une politique en faveur des logements sociaux en imposant aux programmes neufs d’en comporter 40 %. Au-delà des coûts de ces logements, la remise à norme d’appartements et d’infrastructures des quartiers populaires montreuillois comme La Noue ou Le Morillon fait partie des revendications des deux candidats.
Patrice Bessac est le président de l’Établissement public territorial Est Ensemble qui place ces questions au centre de leurs projets « pour le climat et la justice sociale ». Ce dernier assure proposer un « nouvel effort pour le logement des jeunes » à Montreuil avec logements étudiants, foyers de jeunes travailleurs et petits logements abordables « pour celles et ceux qui souhaitent commencer dans la vie ».
Une jeunesse au centre : entre programme et réseaux sociaux
En 2022, 19 % des Montreuillois avaient entre 15 et 29 ans selon l’INSEE. Cette jeunesse est aujourd’hui un sujet incontournable des municipales. Les deux listes la placent au cœur de leur programme entre les espaces réservés à la jeunesse pour la santé mentale et affective proposés par Patrice Bessac et la création d’un conseil municipal de la jeunesse promis par Sayna Shahryari. Cette dernière affirme qu’actuellement, la jeunesse montreuilloise est « désabusée par la politique car elle a vu ses grands frères s’y confronter et ne pas réussir à accéder aux sphères de pouvoir. »
Pour Walid, les propositions du maire « émanent de deux ou trois jeunes issus du centre-ville qui n’ont pas les mêmes problématiques que les jeunes du Haut Montreuil ». À l’image de la nouvelle génération, la guerre des gauches se joue aussi sur les réseaux sociaux. Ces derniers mois, des vidéos tournent sur TikTok et Instagram et dénoncent les inégalités territoriales entre le Haut et le Bas-Montreuil.
Membre de la liste Faire Mieux Pour Montreuil, Mouna Benamar est devenu un visage de la campagne en multipliant les vidéos sur les réseaux sociaux. Avec son franc-parler, elle n’hésite pas à interpeller le maire sortant dans la rue. Une méthode qui irrite le camp d’en face. Le 11 mars, la liste Vive Montreuil a publié un communiqué pour répondre à ses accusations en parlant d’une « campagne sale » et « d’accusations mensongères » qui ne sont pas « leur vision de la démocratie ». Un bras de fer qui se réglera dans les urnes ce dimanche.
Hana Goudjil
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