Vu de l’extérieur, il s’agit une épicerie de quartier généraliste estampillée Lyca Mobile, comme il y en a des centaines en région parisienne. Mais le Rosny Market, situé dans le quartier des Murs à Pêches à Montreuil (Seine-Saint-Denis), est en réalité le théâtre d’une expérimentation artistique un peu particulière : depuis un mois, l’établissement accueille les œuvres de 28 artistes, au milieu des étagères garnies de diverses conserves, pâtes, canettes ou encore de rouleaux de papier toilette.
L’initiative, qui devait rester « confidentielle », selon le propriétaire Olivier Wyart est devenue virale sur les réseaux sociaux après une chronique d’une humoriste sur le média Histoires Crépues et lui a valu d’être accusé, lui et le gérant, Mayuran Sotheeswaran, d’être d’odieux gentrificateurs.
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« C’est pas élitiste pour un clou »
« Pour moi, la gentrification, c’est prendre un PMU et en faire un ‘bistrot gourmand’. Ici c’est pas du tout ce qu’on fait », considère Olivier Wyart, à l’initiative de cette opération qui n’a chassé aucun habitant du secteur : « C’est pas élitiste pour un clou », défend-il. L’idée est en effet venue lors d’un verre que ce directeur artistique, chargé de faire voyager les expositions itinérantes du musée Rodin de Paris, partageait avec des amis artistes : pourquoi ne pas proposer une expo sur une seule soirée au sein de l’épicerie ?
« L’idée c’était aussi de désacraliser le milieu de l’art qui est tenu par des grands groupes de luxe aujourd’hui », raconte Olivier Wyart, tout en faisant la part belle aux artistes locaux : un tiers sont est composé Montreuillois, un autre de Français (hors Montreuil) et le dernier tiers est international. « Et puis il y a l’image de Lyca Mobile où t’as l’impression que c’est une chaîne comme un McDo, que tous les magasins sont pareils, qu’ils vendent tous la même chose alors que pas du tout. On voulait aussi interroger ça », explique-t-il.
Le propriétaire, qui vit à 20 mètres du commerce, en touche alors un mot à Mayuran Sotheeswaran, pour voir ce qu’il en pense. Le gérant est emballé. Pour lui, toute initiative amenée à faire prospérer son commerce est bonne à prendre. Après avoir repris l’été dernier la gestion du Rosny Market, assurée pendant 15 ans par son père, il a décidé de mettre l’accent sur « les produits tendance sur les réseaux sociaux » («chocolat Dubaï », bonbons japonais, boissons asiatiques) à grand renfort de publications Instagram, notamment pour attirer les collégiens et lycéens du secteur.

Après trois mois d’échange avec les artistes, les œuvres ont finalement été installées début octobre. On retrouve ainsi des vases en forme des briques de lait dans la section laiterie, un autre vase bigarré entre les bouteilles d’alcool, des poignées de porte design entre les barres chocolatées et les chewing-gums, des citrons tatoués entre deux paquets de biscuits…
« Je voulais toucher un public un peu différent et c’est réussi »
Les prix fluctuent entre 2 et 3000 euros, selon les œuvres. « Les artistes m’ont demandé le prix qu’ils devaient mettre, je leur ai dit qu’ils pouvaient mettre ce qu’il voulait. De toute façon, on n’est vraiment pas là pour vendre, l’idée c’était juste de faire une expo », confie Olivier Myart. Quelques œuvres ont tout de même fini par se vendre, pour « un total de 500, 600 euros ». Et ça fait tourner la boutique : le soir du vernissage, le 11 octobre, Mayuran Sotheeswaran explique avoir fait « l’équivalent d’une semaine de chiffre d’affaires en hiver », soit « le meilleur chiffre d’affaires qu’on a fait en 15 ans ».
« Mon père, c’est sûr qu’il aurait jamais accepté de faire ça ici mais il vient toujours deux jours par semaine et il me soutient », confie Mayuran Sotheeswaran, dont la famille a immigré du Sri Lanka il y a une quinzaine d’années. « Moi je voulais toucher un public un peu différent et c’est réussi. Les clients me disent qu’ils n’ont jamais vu ça avant et que ça leur fait plaisir de voir des choses nouvelles. Certains ne comprennent pas, mais ça ne les dérange pas », explique-t-il.
La boutique, qui bénéficie désormais d’une attention inattendue grâce aux réseaux sociaux, devrait continuer à accueillir des œuvres d’art pendant au moins plusieurs mois, tant que les critiques parfois violentes formulées à l’encontre du projet artistique du magasin restent contenues dans les espaces virtuels. Olivier Myart et Mayuran Sotheeswaran envisagent déjà de donner une suite à ce « gros délire » en renouvelant l’inventaire d’œuvres présentées début 2026.
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