
« Est-ce que mon fils est concerné, figure-t-il dans les vidéos ? Est-ce que nous avons croisé cette infirmière dans le service ? »
Quelques semaines avoir appris que Juliette F., infirmière du service de réanimation néonatale où était hospitalisé pendant 23 jours son bébé, a été mise en examen avec son complice Redouane E. le 2 août 2025 pour agressions sexuelles sur des petits patients, Sarah*, 27 ans, pleure derrière le combiné. La jeune maman a appris par hasard, pendant ses vacances, que « le loup était dans la bergerie », comme le dit celle qui avait subi le 27 novembre dernier une césarienne en urgence à Montreuil.
« C’est le trou noir, je n’arrive pas à me souvenir. Quelque chose s’est bloqué. C’est un traumatisme qui s’ajoute au traumatisme d’une naissance difficile. Aujourd’hui, je le regarde et je me demande sans cesse : qu’a-t-il vécu, lui qui faisait 900 g, branché de partout, avec la peau sur les os ? Je ne sais pas s’il se développe normalement ou non – c’est mon premier enfant – guette chacun de ses mouvements dans l’angoisse », confie la jeune maman.
Le 30 juillet dernier, la soignante de 26 ans a été poussée par sa propre mère à se dénoncer après qu’une vidéo dénonçant des actes pédocriminels dans une maternité de Seine-Saint-Denis enflait sur les réseaux sociaux.
Dans une décision surprenante, et malgré l’appel du Parquet de Bobigny, les deux accusés – qui ont reconnu les faits (l’une de violences sexuelles sur mineurs, l’autre de détention d’image pédopornographiques) – ont été remis en liberté et placés sous contrôle judiciaire dans l’attente de leur procès.
La Cour a assorti sa décision – motivée entre autres par des casiers vierges – d’une obligation de soin et de l’interdiction d’entrer en contact avec les victimes ou des enfants.
Des accusés remis en liberté, l’incompréhension des familles
Jusqu’à présent l’enquête de police a déterminé que trois enfants seraient concernés (deux ont été formellement identifiés sur les vidéos), et les parents vivent ce qu’ils décrivent comme un véritable cauchemar. Une quinzaine de familles ont décidé de se constituer partie civile pour obtenir des réponses. Mais mardi 2 septembre, selon une information publiée dans Le Parisien, le juge d’instruction a rejeté cette demande en fin de semaine dernière arguant, selon le quotidien « que les parties ne justifient d’aucun préjudice personnel et direct de leur enfant ». Il évoque également « la nécessité de préserver le secret de l’instruction ». Les avocats ont d’ores et déjà annoncé faire appel.
Cette décision est un nouveau coup dur pour les familles qui tentent d’avoir des réponses. Tandis que le scandale a éclaté au milieu de l’été dans cet hôpital public déjà affaibli, la cellule d’écoute mise en place le 5 août sonne dans le vide : les jeunes parents sont laissés dans l’ignorance la plus totale.
« J’ai cherché de l’aide, je pensais que l’hôpital, le commissariat, quelqu’un allait m’appeler. Je n’ai eu qu’un retour de mail indiquant que mon fils n’était pas sous sa responsabilité, mais nous avons bien vu – après des semaines dans le service – que les soignantes se serrent les coudes, connaissent tous les enfants… comment peuvent-ils être sûrs ? J’ai obtenu le numéro de la commissaire en charge, j’ai envoyé des photos de mon enfants, de ses affaires, pour comparer. Mais je n’ai eu aucun retour”, souligne Sarah très émue.
Contactée par nos soins, la direction de l’hôpital assure au contraire “rester à la disposition des familles et apporter actuellement tout son concours aux services de police dans le cadre de l’évolution de l’enquête » : 11 familles auraient d’ores et déjà été rencontrées.
Une confiance brisée dans l’hôpital et la justice
Si cette affaire choque autant, dans une actualité bien sombre, c’est également parce que le service en question était un service de réanimation néonatale. Un espace de vulnérabilité totale pour les enfants, comme pour les parents, où la vie est suspendue à une multitude de fils.
« La réa néonat c’est traumatisant. Vous êtes fatiguée, épuisée, les cicatrices ne sont pas fermées et votre bébé en danger de mort. À côté d’elle, il y a des nourrissons branchés de partout, qui convulsent, qui pèsent 500 g. Le seul moment où vous acceptez d’aller prendre une douche vous culpabilisez, mais vous vous dites qu’il y a des soignants, elle est entre de bonnes mains. Cette confiance-là a été ruinée : je ne peux la confier à personne désormais ». Magali*, 39 ans, a tenu à témoigner entre autres pour pouvoir expliquer à sa fille, plus tard, qu’elle l’a défendue du mieux qu’elle pouvait.
Un jour, on devra leur expliquer ce qui s’est passé… comment leur dire qu’ils ont été relâchés, comment leur dire qu’ils sont nés dans un pays qui ne protège pas les bébés ?
Elle non plus n’a pas obtenu de réponses de l’hôpital, elle non plus n’a pas été contactée par la police. Elle s’est donc tournée vers la justice… dont elle n’a pas entendu la décision.
« Nous n’arrivons pas à comprendre. On en a la preuve tous les jours : le contrôle judiciaire n’empêche pas la récidive ni la suppression de preuve et dans notre dossier les preuves sont cruciales ! », soutient la maman francilienne. « On nous parle de la détresse de cette femme, mais ce sont nos bébés qui étaient en détresse ! On nous parle des sanglots du monsieur et nous, on n’a pas le temps de pleurer ! Un jour, on devra leur expliquer ce qui s’est passé… comment leur dire qu’ils ont été relâchés, comment leur dire qu’ils sont nés dans un pays qui ne protège pas les bébés ? Ce genre d’affaires doit amener à une réflexion de fond, car la réponse à la mise en sécurité de tous les enfants, ce ne sera pas la mise en prison de ces deux individus-là.”
Une société face à un déni des violences faites aux enfants
L’une des avocates qui représente les familles, maître Myriam Guedj Benayoun, travaille régulièrement sur des affaires de violences sur les enfants.
Selon elle, ce dossier est particulièrement éclairant sur la prise en charge des violences pédocriminelles en France. “Nous respectons la décision de justice, mais nous sommes dans une société qui fait face à un déni et une omerta face aux violences faites aux enfants notamment pédocriminelle. On préfère ne pas regarder. J’ai travaillé sur des affaires de stups où les personnes, pour des faits moins graves, étaient mises en détention”, fustige l’avocate.
Selon elle, en parallèle du temps d’enquête et d’instruction, un travail doit être mené pour celles et ceux qui vivent dans le flou, d’où la démarche de se constituer partie civile.
« J’ai trouvé un article du code pénal qui me permet de me constituer même si je n’ai pas été identifiée en tant que victime. Si juge d’instruction accepte, je pourrai travailler avec le juge et demander des actes, car le plus important pour les personnes, c’est de savoir si leurs enfants ont été victimes ou non”.
En attendant que la juge accepte sa démarche, l’avocate met toute son énergie à défendre ses clients et leurs enfants. Elle a obtenu dernièrement la mise en place d’un soutien psychologique gratuit pour toutes les familles passées dans le service pendant la période de prévention.
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