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Montreuil : passer le périph pour aller danser – Libération

par Louis DANIELle 14 mars 201714 mars 2017

Attention, trois jeunes sorcières déboulent dans le fumoir. L’une manque de renverser son gobelet de bière, une autre s’esclaffe, clope roulée au bec et piercing au nez. La porte bat de plus belle dans ce carré de béton brut tagué à ras bord et traversé par un conduit d’aération sans âge. On étoufferait si on n’avait pas besoin de fumer, comme Paul, ce sosie de Harry Potter qui crache ses poumons. Le jeune graphiste français installé à Eindhoven (Pays-Bas), où «les boîtes sont toutes beaufs», a les yeux qui brillent. Une amie, perdue au milieu du dancefloor, l’a emmené dans «l’endroit à la fois le plus ghetto et le plus à la mode de Paris». Une heure du matin approche, les portes collent aux mains et le sol aux chaussures, le son monte côté salle. Bienvenue au Chinois, LA boîte de nuit de Montreuil, en Seine-Saint-Denis, sans doute la ville la plus festive de la banlieue parisienne.

Qui prendrait pour une discothèque cette espèce de hangar grisâtre et bas de plafond ? C’est pourtant là, à l’angle de la place du Marché et du boulevard Chanzy, à deux pas du métro, que viennent danser, chaque vendredi et samedi jusqu’à l’aube, entre 300 et 400 personnes. A partir de 23 heures, le trottoir se remplit d’une foule en tout genre, sapée ou pas, jeune mais pas seulement, branchée mais pas trop. Le bouche-à-oreille et Facebook ont popularisé cet ancien restaurant chinois, transformé en 2012 en une joyeuse salle à danser et à boire, qui cultive autant son look grunge que son ambiance sans prise de tête. Cinq ans plus tard, le Chinois est la tête de gondole de ces lieux de fête montreuillois, bon marché et tendances, qui poussent les Parisiens à franchir le périphérique et les banlieusards à ne plus le traverser. Tel Lucas, 20 ans, étudiant en design graphique, venu de Romainville. «Ça ne m’intéresse pas de sortir à Paris, ce n’est pas à mon échelle, dit-il. Ici, c’est à échelle humaine, et c’est un peu ailleurs.» Une mutation repérée par le site «Enlarge Your Paris», qui recense les événements à ne pas louper en banlieue parisienne, comme par le correspondant du New York Times au cours de l’été 2016, justement à Montreuil.

La prolifération de lieux de fête alternatifs, salles privées ou squats, fait de Montreuil un cas à part en banlieue parisienne, «même si à Paris aussi, l’installation d’un squat artistique joue un rôle d’animation culturelle», précise la sociologue Anne Petiau. «Les lieux qui ouvrent à Montreuil ont la spécificité d’insister sur leur autonomie vis-à-vis des institutions culturelles», poursuit-elle.

Le propriétaire du Chinois, Rachid Messous, la trentaine, a bien compris que Paris avait besoin de «faire la fête autrement» : «Avant, les Montreuillois allaient à Paris le samedi. Maintenant, ce sont les Parisiens qui viennent à Montreuil.» Il arrive que ce patron en sweat à capuche serve des pintes au comptoir, donne un coup de main aux videurs, fasse la bise aux clients. Ici, ils sont sympas, les videurs. Idem les tarifs d’entrée, absents, libres ou pas exorbitants. On laisse ses affaires sur les bancs qui entourent le baby-foot (oui, un baby-foot dans une boîte de nuit), ou alors au vestiaire pour un euro symbolique. Le bar prend la carte à partir du même montant, et le prix des consos ne grimpe pas au plafond comme de l’autre côté du périph. A l’affiche, des DJs souvent étrangers, des soirées à thème et de plus en plus de remix de cumbia. Dans la foule, on se plaint de manquer de place.

Rachid Messous, lui, insiste sur le fait de «venir d’ici». «Je veux permettre aux habitants de banlieue de faire la fête et aux Parisiens de ne pas se faire assassiner par les prix», explique-t-il. «Le Chinois, c’est d’abord une affaire de potes», sourit «Manu», doorman gringalet aux cheveux brillants. Et une affaire de famille. Saïd Messous, frère de Rachid, tient plusieurs établissements dans Paris, dont l’Alimentation générale, bar-boîte branché du XIe arrondissement, autrefois dans le genre du Chinois. Rachid, lui, a investi dans plusieurs bars de la capitale et réfléchit déjà à un projet à Bagnolet, voire à renouer avec le service restauration du Chinois en journée. A côté, il a repris une pizzeria. Et en face, le Bistrot du Marché, ouvert en 1989 par leur père arrivé d’Algérie, est devenu un lieu de rendez-vous couru à l’heure de l’apéro.

Ce soir-là est spécial : c’est l’événement organisé plus ou moins une fois par mois au Chinois, le rendez-vous de la galaxie queer parisienne, hérité des fêtes du squat La Jarry à Vincennes, nommé «la soirée ParkingStone», pour rigoler. Les drag queens déambulent, homos et hétéros se roulent des pelles, on se montre, on observe. Et ceux qui ne sont pas forcément queer semblent s’amuser quand même. C’est peut-être ça, «être ailleurs» pour Lucas, adossé près de la sortie de secours, à l’écart du cœur vibrant de la soirée. Son ami Rémi va jusqu’à parler d’un «moment de rupture». «L’accueil de la communauté queer montre que ces lieux hybrident les cultures et les modes d’expression», dit cet étudiant en musicologie à l’université de Saint-Denis, venu spécialement pour la ParkingStone : «En une seule soirée, on vit quelque chose de dense et de réjouissant. Ici, ce ne sont pas des producteurs, mais des gérants de lieux qui les mettent à disposition de nouvelles expériences.»

Paris ne vient pas faire la fête à Montreuil pour rien. «Ici, tout le monde a un kif pour la culture», remarque Amadeo, trentenaire titi et mastoc qui a ouvert en 2015 Beer & Records, un «bar-vinyls», ainsi qu’un label funk et électro, Happy Milf Records (2). Comme beaucoup d’habitants de l’Est parisien, Amadeo a été poussé vers les communes limitrophes de Paris par la gentrification. Lui, on le rencontre dans un bar dont on n’a pas le droit de dire le nom, un de ces débits de boisson plus ou moins clandestins de Montreuil qui font monter sur scène des artistes tout aussi furtifs tous les week-ends. «Il faut que ça reste discret, dit Amadeo. Sinon, les prix monteront et ça ne sera plus ouvert à tous. C’est pas à nous de faire des courbettes pour draguer les porte-monnaie.»

La ville où ont commencé Georges Méliès et Manu Chao a une longue histoire culturelle et artistique. Elle pullule de salles discrètes et de bars qui ont accompagné l’émergence du rock, du hip-hop et de la musique expérimentale. Un personnage est passé sur toutes les scènes de cette histoire et a les a fédérées : Schultz, le pantagruélique et montreuillois chanteur du groupe punk Parabellum, tête d’affiche de l’ouverture du Chinois et mort en 2014. «La fête a commencé à la fin des années 90», se souvient Olivia, son ancienne compagne, des mèches grises sous sa capuche d’imperméable. Elle sort justement de l’Armony, bar de quartier où chante un Australien à la guitare fatiguée. Arrivée à Montreuil en 1989, Olivia a vu les Parisiens débarquer et les Montreuillois rester. «Il y a un milliard de strates sociales dans cette ville, se réjouit-elle. Ça joue forcément sur l’ambiance de fête.» Depuis, les Instants chavirés, le Café la Pêches ou les anciens studios Albatros (3) continuent d’associer résidences d’artistes et concerts, avec esprit militant et en restant attentif «à faire la fête sans faire n’importe quoi». Peut-on être plus bruyant à Montreuil qu’à Paris ? Olivia se marre : «Il n’y a que le Chinois qui n’a pas d’ennuis avec les voisins…»

En septembre, ces anciens lieux ont été suivis par la Marbrerie, salle et boîte ouverte par un trio qui a fait ses armes dans la région de Poitiers. Catherine Bizouard, François Pin et Jérémy Verrier ont retapé cette ancienne usine pour en faire une vaste salle partagée entre un dancefloor d’une jauge de 700 personnes d’un côté, un bar-restaurant de l’autre, où on déambule facilement entre les murs à blocs apparents. A la Marbrerie, qui ferme à minuit et où la participation est souvent à prix libre, une semaine de performances voit passer le groupe de rap The Accident, un trio guitare rock-viole de gambe-chant yiddish, un vendredi d’afrobeat, un samedi de minimale et un dimanche avec le violoncelle de Noémi Boutin. Les sons du label Happy Milf Records passent régulièrement, histoire de ne pas mettre le nouveau lieu en orbite au-dessus de Montreuil. «La recette, c’est une population qui n’a pas peur de l’ouverture et une programmation large», dit Jérémy Verrier. Plus lisse que le Chinois, la Marbrerie accueille des âges différents et parie sur «la construction d’un lieu de vie», fondé sur «la bienveillance», «l’humour» et «une conception joviale de la fête, pas morbide».

Le week-end suivant, on a voulu aller au Bizz’art, l’une des boîtes les plus sympas et mixtes de Paris, se disait-on. Il était deux heures, tout fermait autour. On était cinq, dont quatre mecs. Le videur a dit que ça manquait de filles pour nous laisser entrer. Paris n’est décidément plus une fête.

(1) Le Chinois, 6, place du Marché.

(2) Beer & Records, 7 bis, rue de Vincennes.

(3) Les Instants chavirés, 7, rue Richard-Lenoir. Café la Pêche, 16, rue Pépin. Espace Albatros, 52, rue du Sergent-Bobillot.

(4) La Marbrerie, 21, rue Alexis-Lepère.

L’objectif de club-montreuil.com est de parler de Montreuil dans la transparence en vous procurant la visibilité de tout ce qui est en lien avec ce sujet sur la toile L’équipe club-montreuil.com vous propose ce papier qui traite de « Entreprendre à Montreuil » mais aussi des actualités de notre ville afin de comprendre comment vit notre territoire. Ce post a été reconstitué du mieux possible. Vous avez l’opportunité d’utiliser les coordonnées indiquées sur le site pour apporter des explications sur cet article traitant du thème « Entreprendre à Montreuil ». Il y a de prévu de multiples développements sur le sujet « Entreprendre à Montreuil » d’ici peu, on vous incite à visiter notre site web périodiquement.

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Louis DANIEL

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